Portraits de femme (4/8) : Aruni Wijewardane

Aruni Wijewardane est devenue secrétaire du bureau des organes directeurs de l’AIEA après une riche carrière de diplomate du Sri-Lanka. Elle a partagé avec nous sa vision de l’égalité entre les hommes et les femmes, et la plus-value que peuvent représenter les femmes dans un domaine scientifique et technique comme le nucléaire, lorsque l’organisation du travail leur donne l’opportunité de s’épanouir et de progresser jusqu’au sommet.

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1. Quelles sont les spécificités de votre parcours en tant que femme aux Nations-Unies ? Quelles difficultés particulières avez-vous pu rencontrer en tant que femme dans votre carrière ?

Après avoir été diplomate sri-lankaise pendant plus de 25 ans, j’ai rejoint l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) il y a environ 6 ans. L’AIEA est une organisation internationale technique, en charge de la technologie nucléaire, et la présence de personnes qui ont une expérience professionnelle de diplomate et d’ambassadrice comme moi illustre la diversité des femmes de l’AIEA. Dans le passé, le domaine nucléaire a été considéré - tant du point de vue de la sécurité que du point de vue technique - comme un domaine très masculin. Aujourd’hui, la situation est en train de changer, y compris au sein de l’AIEA. J’observe cette tendance dans toutes les composantes du Secrétariat et à tous les niveaux. Je suis la première femme à occuper mon poste actuel de secrétaire des organes directeurs de l’AIEA, et à ce titre, je joue un rôle important d’interface entre le secrétariat, d’une part, et les États membres, d’autre part.

J’ai grandi au Sri Lanka, où les femmes sont très respectées dans la société et dans le monde du travail, et ma capacité à remplir mes fonctions avec confiance vient sans doute de mes origines. Toutefois, il est clair que les femmes sont confrontées à de nombreux défis pour atteindre le plus haut niveau de leur carrière à l’ONU - en tant que professionnelle « senior » recrutée à l’international, lorsque j’ai dû déménager à Vienne, le principal défi pour moi était de m’assurer que ma famille puisse suivre son propre parcours professionnel et personnel tout suivant l’évolution de ma carrière. Je pense que de nombreuses femmes de haut niveau qui font le choix d’une carrière internationale sont confrontées à ce défi.

2. Comment favoriser l’accession des femmes à des postes de responsabilité ? Qu’avez-vous mis en place pour y parvenir au sein de votre organisation ?

Il est important que les femmes occupent des postes qui leur permettent de participer à la prise de décision afin d’influencer les résultats : il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais aussi de la place des femmes dans l’organisation et de leurs activités concrètes. Nous devons être transparents à cet égard - au sein de l’AIEA, par exemple, le pourcentage de femmes cadres est passé de 22 % à 30 % au cours des dix dernières années. Le directeur général s’est engagé à réaliser la parité entre les hommes et les femmes aux échelons les plus élevés du Secrétariat d’ici 2021.
Nous devons garantir un environnement de travail où tout le monde est sensibilisé aux enjeux de l’égalité entre les hommes et les femmes, et où les femmes sont soutenues par des mesures spécifiques qui leur donnent réellement la possibilité de s’intégrer et de progresser dans leur carrière. Nous devons nous appuyer sur des données sur le genre pour avoir une compréhension précise de la question, et mettre en place des mesures administratives et des mesures qualitatives afin de transformer les perceptions et les opinions sur le genre. Au sein de l’AIEA, les femmes cadres supérieures, dont je fais partie, se réunissent régulièrement pour discuter de ces questions. Dans mon propre bureau, les femmes sont majoritaires dans toutes les catégories professionnelles.

3. Quels sont les enjeux de la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle au sein de votre organisation ? Comment peut-on favoriser un meilleur équilibre sur ce point ?

L’AIEA est principalement une organisation scientifique et technique qui accomplit un travail important dans de nombreux pays du monde. Elle conduit des femmes hautement qualifiées, recrutées à l’international et issues d’horizons divers, à travailler ensemble dans des domaines tels que la physique, la médecine, la chimie et le droit, par exemple. La plupart d’entre elles mettent entre parenthèse leur carrière en cours pour partir à l’étranger avec leur conjoint et leurs enfants, laissant derrière elles des parents âgés et d’autres membres de leur famille proche. La fréquence de leurs déplacements professionnels est également un défi pour la vie de famille.

Ces défis sont inévitables et nous devons créer un environnement de travail favorable : des horaires de travail flexibles, la possibilité de travailler à domicile, l’offre de premiers soins au sein de l’organisation, l’octroi de congés maternité et paternité sont autant de mesures favorables à un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les possibilités d’emploi des conjoints sont également intéressantes. Nous avons la chance que l’AIEA soit située dans une ville sûre et sécurisée avec de nombreuses options en matière de loisirs, de services et d’éducation, qui est un milieu de vie extrêmement favorable pour les femmes qui travaillent.

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4. Comment voyez-vous l’évolution de la place des femmes dans vos domaines techniques ?

À l’AIEA, on met l’accent sur la contribution essentielle des femmes scientifiques du monde entier dans le domaine nucléaire. Diverses initiatives en cours, telles que la "Jeune génération nucléaire", la "Journée internationale des femmes et des filles dans les sciences", la "Journée des filles" et la "Journée des filles" et "Les femmes dans le nucléaire", offrent aux jeunes femmes un environnement accueillant, où elles peuvent explorer l’éventail des possibilités offertes par le nucléaire. Je pense que les femmes voient les problèmes mondiaux différemment des hommes, c’est pourquoi les femmes scientifiques ont une place déterminante dans la réalisation des objectifs de développement social et humain et dans la réalisation des objectifs de développement durable.

Avec mon expérience de la diplomatie, il me semble également que la contribution des femmes pour l’établissement d’un consensus et le règlement pacifique des différends est très précieuse.

5. Si vous aviez une suggestion à faire pour améliorer la place dans femmes dans les organisations internationales, quelle serait-elle ?

Nous devons être transparents sur les cibles et les objectifs à atteindre en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, créer un environnement de travail susceptible d’attirer les femmes les plus qualifiées, faire prendre conscience du caractère néfaste de certaines attitudes à l’égard des femmes, comme le harcèlement sexuel, et sensibiliser à l’égalité entre les femmes et les hommes. Il est très important que les États membres examinent les questions relatives à l’égalité des femmes et des hommes dans les organes directeurs des organisations internationales et intègrent la dimension du genre dans leurs résolutions.

6. L’ONU a lancé l’initiative « gender champions », dont les représentants se sont engagés à ne pas participer à des panels exclusivement masculins. Vous est-il arrivé de refuser d’assister à un panel composé exclusivement d’hommes, ou d’être la seule femme parmi un panel ?

Par le passé, je me souviens avoir été la seule femme à participer à des interactions professionnelles dans divers contextes, y compris dans des circonstances publiques ou médiatiques. Il est très encourageant de constater que c’est moins fréquent aujourd’hui qu’il y a 10 ou 15 ans ! La participation égale des hommes et des femmes aux panels est le reflet exact de la société et donc le seul moyen équitable de représenter la diversité des opinions qui coexistent. Je pense que c’est particulièrement pertinent dans les domaines de la science et de la sécurité, comme le nucléaire, qui ont traditionnellement été dominés par les hommes. La voix et l’opinion des femmes peuvent contribuer à obtenir des résultats consensuels et bénéfiques, par exemple en veillant à ce que la technologie nucléaire soit utilisée à des fins pacifiques.

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Dernière modification : 16/08/2019

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