OTICE – les applications civiles et scientifiques du système de surveillance

Depuis 1996 et l’ouverture à la signature du traité, un réseau de surveillance constitué de 321 stations constitue le régime de vérification associé au traité. Au fur et à mesure du déploiement de ce réseau des applications nouvelles sont apparues, dans les domaines de la surveillance environnementale, de la gestion de crise ou encore du changement climatique. Découvrez ces applications qui peuvent contribuer, dans certains cas à sauver des vies.

Un régime de vérification appuyé notamment par 321 stations de surveillances

Le traité d ’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), ouvert à la signature en 1996, s’appuie sur un régime de vérification robuste qui doit permettre à tous les États signataires de s’assurer du respect des engagements pris par les États membres, mais aussi de l’activité conduite par les États non encore partie au traité.

Ce régime de vérification est porté par le système international de surveillance (SSI ou International Monitoring System, IMS), constitué de 321 stations répartie sur l’ensemble du globe dans le but de détecter toute activité consécutive à la conduite d’un essai nucléaire clandestin. Pour cela, quatre technologies de détection sont utilisées : les technologies sismiques, acoustiques et infrasonores, qui permettent « d’entendre » si un essai a été réalisé et les technologies de détection de radioéléments qui permettent de détecter la présence dans l’atmosphère de radioéléments caractéristiques d’une explosion nucléaire. C’est l’ensemble de ces données qui permettent à l’OTICE d’indiquer si un événement donné est consécutif à activité naturelle (comme un tremblement de terre) ou s’il s’agit d’un événement produit par l’homme. Ces éléments sont transmis aux États parties au traité qui en font leur propre analyse. Grâce à ce dispositif, l’OTICE est à même de détecter un essai nucléaire clandestin ; de même, dans le cas d’un essai nucléaire revendiqué comme ce fut le cas pour la Corée du Nord, l’OTICE est à même de transmettre aux États membres les informations nécessaires pour corroborer ces annonces.
L’ensemble de ces techniques et de leur mise en œuvre au service du système international de surveillance ont fait l’objet d’un article détaillé, que vous pouvez retrouver ici.

La France un l’un des principaux acteurs du SSI, par la présence de 1 stations sur le territoire français (principalement en outre-mer).

Un outil puissant présentant des avantages multiples

Si la mission première du système international de surveillance est de s’assurer de la non réalisation d’essais nucléaires , les informations recueillies en continu et transmises au centre international de données à Vienne, peuvent être aussi utilisées à des fins scientifiques et civiles. Ce sont ces applications que nous vous proposons de découvrir ci-dessous et à travers une série de tweets.

1 - Contribution au suivi radiologique en cas d’incident nucléaire

En mars 2011, alors qu’éclate l’accident de Fukushima, la communauté internationale et les opinions publiques ont conclu à la nécessité de disposer d’informations fiables et neutres sur la propagation des nuages radioactifs consécutifs à l’accident. L’OTICE, qui dispose de 80 stations de surveillance des radionucléides, a décidé de mettre les données pertinentes à disposition de ses États membres, afin que leurs agences sanitaires et de radioprotection respectives puissent les utiliser dans leur information auprès du grand public.

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2 - Contribution au système d’alerte tsunami

À la suite du tremblement de terre et du tsunami au large des côtes japonaises en mars 2011, la communauté internationale a décidé de mettre en œuvre un dispositif d’alerte au tsunami et a confié cette mission à l’UNESCO. Dans le cadre de sa surveillance des essais nucléaires, l’OTICE effectue une mesure continue et très fine de l’activité sismique autour du globe et s’est donc naturellement que cette compétence, basée sur les 112 stations sismiques et hydroacoustiques, est désormais partagée, quasiment en temps réel, avec les centres d’alerte tsunami de par le monde. Cette collaboration est particulièrement étroite avec les centres en charge de la région Pacifique et l’océan Indien, afin de les aider à lancer des alertes plus rapidement et plus précises. Actuellement, ce sont les centres d’alerte tsunami de 14 pays qui bénéficient des données issues d’environ 100 stations de l’OTICE. La France a conclu un accord sur l’échange de données dans le cadre des alertes tsunami le 1er août 2011.

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Les pays contributeurs sont en vert – les stations du SSI utiles sont en rouge.
Pour plus d’informations, reportez vous à l’article dédié à la contribution du TICE, en lien avec le CEA/DAM, aux alertes tusnami .

3 - Les nuages de cendre volcanique

La technologie des infrasons, inaudibles pour l’oreille humaine, peut être utilisée pour détecter par exemple l’imminence d’une éruption volcanique. Lorsqu’il s’agit d’un volcan terrestre, une telle identification permet d’alerter les populations directement concernées, mais également d’anticiper la production d’un nuage de cendres susceptible de perturber l’aviation civile. Dans le cas des volcans sous-marins, ce sont les transports maritimes qui peuvent être affectés. Les études de faisabilités de ces alertes sont désormais achevées, conduites notamment par la France et l’Allemagne, et devraient conduire à un protocole d’accord entre l’OTICE et les institutions scientifiques pertinentes.

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4 - Identification de l’entrée de comètes dans l’atmosphère

Les stations infrasonores de l’OTICE sont également capables de détecter l’entrée de corps célestes dans l’atmosphère de la terre et de suivre leur progression jusqu’à leur lieu d’impact. Outre une possible alerte, ce suivi permet de localiser avec précision le lieu de l’impact (parfois dans des régions très isolées) pour faciliter l’accès à la météorite dont l’analyse présente des enjeux majeurs pour les scientifiques.
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Au début février 2013, environ 20 stations du SSI de l’OTICE ont enregistré l’impact lié à la chute d’une météorite sur les monts de l’Oural, avec un spectre infrasonore inférieur à 10 Hz. La station la plus éloignée de l’impact ayant réussi à enregistrer une donnée se situait à 15 000 km de là, en Antarctique.

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Localisation de l’impact de la météorite de février 2013 grâce aux détections du SSI.

5 - Le suivi du changement climatique

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La force du système de surveillance, appuyée par quatre technologies, est aussi au service de la communauté internationale pour le suivi du changement climatique :

Les stations radionucléides :

Elles permettent

  • une meilleure compréhension des échanges longue distance des polluants par le suivi des masses atmosphériques et par la validation des modèles de transport (utilisés notamment pour retracer le parcours suivi par une particule, entre sa détection et son origine potentielle) ;
  • de suivre les échanges entre la stratosphère et la troposphère pour mieux valider les modèles de changement climatiques, à l’aide des traceurs radioactifs ;
  • de déterminer la concentration de poussières ou de pollens présents dans l’atmosphère sur certaines périodes de l’année ainsi que l’évolution des polluants chimiques présents dans les poussières, par exemple pour aider à l’évaluation de l’impact des grandes métropoles ou les tendances liées aux phénomènes de mousson ;.

Les stations hydroacoustiques :

  • Identification systématique de l’apparition de fissures dans les icebergs et de leur décrochement dans l’océan, comme indicateur du réchauffement ;
  • Améliorer les prévisions météorologiques grâce aux interférences de la température des océans
  • Accompagner les études océaniques et sur la vie marine, par le suivi des migrations de baleines dont les parcours pourraient être affectés par le réchauffement climatique ;
  • Mesure la température des océans grâce aux méthodes de température acoustique

Le stations infrasonores

  • Utiliser les microbaroms (sons de très basses fréquences) pour mesurer l’apparition et l’évolution des ouragans et des tornades, ainsi que pour détecter le renforcement d’une activité dépressionnaire

6 - Le partage de l’information comme partage de la connaissance : VDEC

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Les informations enregistrées par l’OTICE, grâce au système international de surveillance, constituent un patrimoine scientifique incomparable. Afin de partager ces données avec la communauté scientifique mondiale, le dispositif vDEC (virtual Data Exploitation Centre, vDEC) a été conçu. Ce portail informatique offre la possibilité aux scientifiques du monde entier d’accéder aux données de l’OTICE, pour leurs travaux, mais également d’échanger entre eux et de participer aux conférences et ateliers organisés par l’OTICE.
Ce partage d’informations est aussi un parfait moyen pour l’OTICE de s’assurer que les technologies utilisées dans le cadre du SSI sont pertinentes et au plus haut niveau scientifique actuel.
Conformément aux limites imposées par le TICE, les organismes scientifiques qui souhaitent avoir accès aux données du SSI doivent se conformer à certaines règles : les raisons et le champ d’études doivent être préalablement définis ; les données mises à disposition ne concernent qu’une fenêtre temporelle et un région géographique donnée, dans le cadre d’une étude scientifique qui a été jugée pertinente par l’OTICE.
Ce partage de la connaissance est rendu possible grâce au financement de l’Union européenne.

Dernière modification : 21/12/2018

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